Le crédit documentaire (Crédoc)
Présentation technique générale | Intervention d'une seconde banque | Encadrement juridique |
Crédit documentaire et Incoterms | Rôle des documents | Modalités de réalisation | Transfert | Coût | Recommandations

Le Crédit Agricole, banque française, propose une excellente méthode didactique pour comprendre le Crédoc. Vous pouvez d'ores et déjà vous tourner vers cette méthode pour comprendre les subtilités de cette technique de financement et de protection contre le risque commercial, ou vous tourner vers les pages suivantes que nous y consacrons :

 

Le contrat de base

Dans le contrat de vente, c'est logiquement à l'endroit où les parties règlent les dispositions relatives au paiement du prix dans la clause « mode de paiement » que doivent être arrêtés le principe du paiement par voie de crédit documentaire ainsi que les modalités essentielles de celui-ci.

Vous devez apporter les plus grands soins à la rédaction de cette clause. C'est en effet sur cette base :

Si vous êtes exportateur, il est fondamental d'exiger une lettre de crédit qui soit conforme aux termes de votre contrat avec l'importateur. En effet, l'engagement du banquier est défini exclusivement par les termes de la lettre de crédit qu'il a établie et l'exportateur ne pourrait pas, même par référence au contrat de base qui le lie à l'importateur, le contraindre à s'en écarter. Le crédit documentaire est un engagement juridique distinct du contrat commercial qui lie le bénéficiaire (exportateur) à la banque de son client.

Des formulaires pré imprimés, généralement alignés sur le système de codification SWIFT permettant les échanges de données informatisées entre banques, sont mis à la disposition des acheteurs par leurs banques. Mais le plus souvent, les instructions d'ouverture de crédit documentaire seront transmises par le donneur d'ordre à la banque émettrice par courrier ou email.



Le crédit documentaire


Note : La lecture de ce schéma se fait le plus facilement en suivant la numérotation dont l'ordre correspond à l'évolution des opérations.

N'hésitez pas à consulter notre fiche technique qui vous présente un formulaire typique de demande d'ouverture de crédit documentaire.


Le contrat de base arrêté, l'importateur va inviter sa banque, qui jouera le rôle de banque émettrice, à ouvrir le crédit documentaire au profit de l'exportateur qui en sera le bénéficiaire. L'importateur agira comme donneur d'ordre conformément aux dispositions du contrat de base.

Une fois le crédit notifié à l'exportateur, celui-ci peut remettre les marchandises au transporteur pour expédition selon les termes du crédit documentaire. Il présente ensuite à la banque émettrice les documents requis (le plus souvent la facture, la police d'assurance et le titre de transport). La banque, après examen de la conformité des documents, effectue le paiement à l'exportateur. La banque se rembourse ensuite auprès du donneur d'ordre, c'est-à-dire l'importateur, moyennant remise des documents. L'importateur, en possession des documents, est en mesure de prendre livraison de la marchandise, dans des conditions en principe conformes aux dispositions du contrat de base.

Nous constatons qu'à tous les stades de l'opération un équilibre a régné dans l'exécution des obligations des différents intervenants, les paiements et les remises de documents se produisant dans les mêmes temps.

Dans le cadre d'opérations à la grande exportation, il ne faut jamais oublier que vous disposez d'un engagement d'une banque étrangère et que vous êtes donc pleinement exposé au risque politique (coup d'état, incapacité du pays d'honorer ses engagements financiers, ...) qui pourrait mettre cette banque dans l'impossibilité de respecter son engagement irrévocable de payer. Nous sommes donc ici face à une forme de crédit qui offre de bonnes garanties s'il s'agit d'une opération intra-européenne mais encore perfectible pour une opération à la grande exportation. Il est à noter que les délais de présentation des documents s’entendent au guichet du banquier émetteur à l’étranger : ce qui n’est pas pratique car l’exportateur court le risque d’un retard dans l’acheminement des documents ou d’une perte de ceux-ci.

Le recours à une seconde banque est une technique qui permet d'assurer à l'exportateur une plus grande sécurité .



Les acteurs du crédit documentaire

Le donneur d'ordre : il est le plus souvent l'acheteur ou un intermédiaire qui agit pour compte de l'acheteur (exemple : une centrale d'achat ou d'importation). C'est celui qui donne les instructions d'ouverture du crédit documentaire à la banque émettrice.

Le bénéficiaire : le bénéficiaire du crédit documentaire est celui en faveur de qui est ouvert le crédit documentaire. Il s'agit donc du vendeur.

La banque émettrice : c'est la banque qui procède à l'ouverture du crédit documentaire sur base des instructions de son client : le donneur d'ordre. Elle est généralement située dans le pays de l'acheteur et s’engage directement vis-à-vis du bénéficiaire.



Caractéristiques de l'engagement du banquier émetteur


1. Caractère irrévocable de l'engagement

L'engagement que prend la banque émettrice présente un caractère irrévocable, c'est-à-dire ferme, pour autant que soient remis à cette banque les documents conformes aux dispositions du crédit documentaire. Jusqu'à l'expiration du délai de validité, l'engagement du banquier ne peut être ni annulé, ni modifié, sauf s'il y a accord de toutes les parties intéressées, notamment du bénéficiaire.

En pratique, l'exportateur qui reçoit un amendement au crédit initial qui ne l'agrée pas doit le refuser afin que le texte initial reste en vigueur. Il doit cependant être attentif à la négociation en elle-même et toujours tenir à l'oeil que s'il n'est pas souple, l'importateur risque de ne pas l’être non plus si les documents présentés à la banque émettrice par l’exportateur ne sont pas conforme au crédit documentaire et que pour payer le bénéficiaire, elle doit recevoir l’accord du donneur d’ordre. A l'inverse, si l'exportateur veut apporter des amendements au crédit documentaire, il ne peut contacter directement la banque émettrice. Il devra toujours négocier avec son client qui donnera instruction à sa banque de modifier le contenu du crédit documentaire.


2. Caractère littéral et autonome de l'engagement

Ces deux adjectifs signifient que l'engagement du banquier envers l'exportateur s'exprime nécessairement dans un écrit. Ce dernier détermine l'existence de cet engagement et en fixe l'étendue (caractère littéral), et s'exécute en toute indépendance par rapport au contrat de base qui lie l'importateur et l'exportateur ainsi qu’à celui conclu entre l'importateur et son banquier (caractère autonome).

C'est ainsi que l'importateur ne peut chercher à faire obstacle à l'exécution de l'engagement du banquier en invoquant la mauvaise qualité prétendue de la marchandise. De même, le banquier ne peut pas davantage invoquer, pour se soustraire à son engagement, l'impossibilité de remboursement où se trouverait l'importateur en raison de sa faillite survenue entre l'émission du crédit par la banque et l'utilisation de celui-ci par le bénéficiaire.


3. Source de l'engagement du banquier

Les avis sont partagés sur cette question. Pour les uns la source de l'engagement du banquier résiderait dans sa volonté unilatérale de s'engager envers l'exportateur, volonté exprimée dans le crédit qui lui est transmis. Pour d'autres cette source serait à rechercher dans la réunion des volontés du banquier et de l'exportateur.

Où est l'intérêt pratique d'une telle question ? Elle réside dans la détermination du moment auquel le banquier est engagé. Dans le premier cas, ce moment correspond à la date de l'expédition du crédit. Dans le second cas, l'engagement est effectif à la date de l'acceptation ou, à tout le moins, de la réception du crédit par l'exportateur.

Sur ce point, il est recommandé aux parties au contrat de base (importateur et exportateur) de régler cette question, usant ainsi judicieusement de leur liberté contractuelle sur ce point qui n'est pas d'ordre public.

Dernière mise à jour: Sep-2007