Les contrats internationaux
Période pré-contractuelle et lettres d'intention | Préambule | Clauses particulières
La
liberté de contracter 
En
principe, les parties sont libres de signer ou non. La plupart des
systèmes juridiques considèrent cette liberté de
négociation comme un principe fondamental.
Cependant,
les pays admettent
plus ou moins fortement que
les
partenaires doivent négocier de bonne foi.
Cela
signifie qu'une partie ne peut pas :
- formuler
des propositions manifestement inacceptables;
- revenir "à la légère" sur un point
acquis précédemment;
- cacher
des éléments qui sont essentiels pour la négociation;
- mentir
pour amener l'autre à contracter;
- donner
à l'autre des informations erronées ou non précises
(obligation d'informer loyalement);
- ne
pas respecter le caractère confidentiel de certaines informations
communiquées (ne pas divulguer les secrets que l'on peut
appendre au cours des négociations);
- ne
pas faire preuve de loyauté (cas où, par exemple, l'une des parties mène en parallèle des
négociations avec des tiers sans en
révéler l'existence).
Dans
les pays de "
Common
law
",
le principe de la liberté y est davantage affirmé. Les abus
flagrants (mensonges, divulgations d'informations confidentielles, ...) seront tout de même sanctionnés.
Par
ailleurs, le principe est que l'on peut toujours se retirer de
négociations. Toutefois, la rupture
doit se faire dans des conditions " convenables ".
Elle
ne peut pas être abusive
.
Une rupture est abusive lorsque :
- un des partenaires a laissé encourir des frais importants à
l'autre (transport, étude, temps) sans le mettre en garde de la
fragilité de la situation, en lui laissant espérer la conclusion
du contrat avec légèreté, ou encore en omettant de lui
signaler qu'il a conclu ailleurs;
- une des parties se comporte de mauvaise foi : si elle soumet des informations
erronées ou refuse de lui communiquer des informations importantes, par
exemple;
- la négociation a été initiée avec une intention
frauduleuse;
- la rupture est brutale ou se fait dans des circonstances où le
discrédit est jeté sur le partenaire. Par exemple, s'il y a
atteinte à la réputation commerciale du partenaire;
- une des parties rompt par pur caprice ou pour un motif futile;
- une des parties rompt en soulevant une objection qui aurait dû
être soulevée plus tôt. Cela s'applique lorsque les
pourparlers sont bien avancés.
Dans
les pays de " Common law ", les juges sont plus
hésitants à sanctionner une rupture abusive des
négociations que dans les pays de " Civil law ".
Les
lettres d'intention et documents pré-contractuels

Lorsque
les pourparlers, surtout dans le cadre du commerce international, sont
appelés à durer un certain temps, ils sont souvent
ponctués par divers documents tels que des lettres d'intention, des
protocoles d'accord, des accords de principe, des " memorandum of
understanding ", des procès verbaux dressés à
la suite des différentes réunions, ...
Quelle valeur faut-il accorder à ces accords ? Dans quelle mesure les
parties sont-elles liées par ces documents ?
Il est important d'être attentif à la rédaction de
ces écrits car dans les pays dits de " civil
law ", ils peuvent faciliter la preuve d'un manquement à
l'obligation de négocier de bonne foi. En effet, les juges seront
d'autant plus tentés de prouver qu'il y a eu faute en cas de remise en
question ou de rupture des négociations, que les
parties auront précisé par écrit le contenu progressif de
leur accord.
Pour
se protéger de cette interprétation, les parties peuvent marquer
clairement qu'elles ne s'engagent pas encore en incluant une clause
" subject
to contract "
dans
l'accord. Ainsi le document est dépourvu de toute force juridique. Une
autre manière de procéder est d'écrire à
côté de la signature
"Bon
pour la lettre d'intention uniquement, sans engagement contractuel"
.
Cette notification permet de marquer clairement qu'il n'y a pas d'intention
juridique.
Les
juges de " Common law " seront beaucoup plus
réticents à trouver dans une lettre d'intention la réelle
volonté de contracter des parties, que les juges de
" Civil law " pour qui l'échange des consentements
qui fait naître le contrat peut être aussi bien écrit que
verbal. De plus, il suffit que les parties se mettent d'accord sur les
points
essentiels
du
contrat (principalement l'objet, le prix et la quantité) pour que le
contrat soit formé car le règlement des points de détail
peut se faire, par référence à la loi, aux usages et
à l'équité dans un système de code civil.
Quel est le sort des documents qui se rapportent
aux points essentiels du contrat et qui ont été rédigés
pendant les pourparlers, une fois le contrat final conclu ?
En
cas de litige, ces documents peuvent aider à
l'interprétation
du
contrat final, surtout dans les pays de " Civil law ". On
se réfère à tous les documents préliminaires
(échanges de courrier, lettres d'intention,...) pour chercher ce que les
parties ont vraiment voulu dire, leur volonté réelle
au-delà de celle qui est exprimée.
A
nouveau, les parties peuvent se " protéger " face
à une telle interprétation. Elles peuvent décider par une
clause
des " quatre coins "
que
leur volonté tient tout entière dans le contrat qui a
été signé. Dans ce cas, le juge ne peut pas consulter les
négociations et les lettres échangées. Il doit
impérativement s'en tenir au contrat.
Le
cas particulier de l'offre

Le
vendeur doit être très attentif aux offres qu'il
émet. Il ne doit pas "lancer des offres en l'air" ou se raviser une fois
que le partenaire a accepté. En effet, dans la majorité des droits, une
offre suppose qu’il n’y a plus besoin que de l'acceptation pour que le
contrat se forme. Il suffit donc que l'autre partie accepte l’offre, pour
autant que celle-ci soit ferme et précise (contenant les éléments essentiels
du contrat, à savoir l’objet, le prix et la quantité, sans réserve d’agrément)
pour que le contrat soit conclu.
Quand
une partie formule une offre, elle est liée par celle-ci et ne peut pas
librement la retirer, du moins pas pendant un délai raisonnable.
Recommandations
-
Il
vaut toujours mieux préciser clairement la portée juridique des
documents que l'on rédige lors des pourparlers pré-contractuels.
Si
l'on ne veut pas être lié, il faut clairement indiquer la
mention " subject to contract ". A l'inverse, si
l'on veut se lier, il faut clairement l'indiquer en faisant
apparaître dans le document une phrase de
type : " Nous sommes déjà liés
conventionnellement en ce qui concerne les points suivants : ... ".
- Il
faut être très prudent et en même temps éviter les
attitudes ambiguës
qui
consistent à essayer de lier l'autre tout en se laissant une certaine
marge de manoeuvre pour pouvoir se désengager.
- Il
est dangereux de débuter l'exécution d'un contrat alors que l'on
est encore en "zone grise"
c'est-à-dire
qu'on ne sait pas encore s'il y a contrat ou non. L'idéal est alors de
faire un accord ponctuel pour ce début d'exécution et de faire
signer à l'autre partie une lettre par laquelle elle autorise le
début des engagements. On est ainsi quasiment certain d'être
dédommagé en cas de rupture des pourparlers.
- Vous
pouvez également prévoir une clause d'exclusivité
afin
d'interdire à l'autre partie de négocier ailleurs
parallèlement. Parfois, si les négociations sont bien
avancées, une lettre d'intention peut s'interpréter comme une exclusivité de négociations.
- Il faut également toujours faire connaître la fragilité de la
situation
et éviter de presser l'autre partie si la situation n'est pas
suffisamment certaine.
- Même
si, en principe, le silence ne vaut pas consentement,
il
vaut toujours mieux montrer que l'on n'est pas d'accord afin d'éviter
des " accords surpris ".
En
effet, il peut arriver que le silence s'entoure de circonstances
particulières et qu'il puisse être interprété comme
l'acceptation d'une offre.
-
Soulignons
que toute divulgation de renseignements destinés à rester secrets
entre les parties pendant les négociations est considérée
comme une violation du devoir général de négocier de bonne
foi et sera sanctionnée sur cette base
.
Même dans les pays de " Common law ", une telle
divulgation est susceptible d'entraîner la responsabilité de la
partie qui s'en rend coupable. Dans les pays de " Civil
law " comme dans les pays de " Common law ",
les parties sont liées sur ce point précis. Elles ne sont
évidemment pas encore liées quant au contrat projeté, mais
elles se sont engagées à négocier suivant ces
règles. Si l'une d'elles ne les respecte pas, elle s'expose à des
dommages et intérêts dans la mesure du préjudice
causé au partenaire.