L'environnement politique du pays d'accueil
Idéologie
politique | Modes de pensée et croyances | Santé
économique | Corruption |
Atteinte
à la propriété privée | Atteinte à la
propriété intellectuelle | Evaluer le risque politique à l'étranger et s'en
protéger
L'idéologie politique
du pays d'accueil,
ses modes de pensée et ses croyances,
sa santé économique générale,
son attitude face à la
corruption
et
son respect de la propriété privée
ou
intellectuelle
étrangère peuvent donner lieu à des actions du
gouvernement local qui constituent un risque majeur pour l'entreprise.
Une
des préoccupations majeures de votre entreprise est de pouvoir faire
face à ces risques politiques. Pour vous en protéger, vous devez pouvoir
l'évaluer et adopter les mesures de protection disponibles.
Evaluer
le risque politique

Evaluer
le risque politique du pays d'accueil peut se faire en deux temps,
surtout si l'exportation est envisagée dans l'optique
d'un courant d'affaires régulier : tout d'abord
une analyse de la vulnérabilité de l'entreprise par rapport
au pays visé, ensuite une analyse de l'environnement politique du
pays d'accueil et du risque qu'il représente.
1.
Analyse de la vulnérabilité de l'entreprise
Les
éléments à évaluer dans une telle analyse
recouvrent des facteurs externes mais aussi internes à
l'entreprise. Nous vous en proposons une liste non exhaustive, à
adapter en fonction de vos spécificités.
Les
facteurs externes :
- le
pays d'origine de l'entreprise :
toutes autres choses étant égales, une firme aura un meilleur
accueil dans un pays qui entretient de bonnes relations avec son pays
d'origine;
- le
produit ou l'industrie :
la " sensibilité " du produit ou de
l'industrie est une considération d'importance.
Généralement, les matières premières, le service
public, les communications, la pharmacie, et les produits qui peuvent avoir une
application militaire sont des produits dits
" sensibles " qui sont plus exposés au risque
politique que d'autres;
- la
taille des opérations :
plus
l'entreprise est grande, plus elle est perçue comme
menaçante à l'étranger;
- la
visibilité de l'entreprise :
plus
l'entreprise est visible, plus grande est sa vulnérabilité
en dehors de ses frontières. La visibilité est une fonction qui
recouvre différentes réalités. Elle recouvre la taille de
l'entreprise, sa localisation, mais aussi la nature de son produit. Les
biens de consommation sont plus visibles que les biens industriels. Les biens
finis sont également plus visibles que les composants entrant dans la
production d'un produit. Il en va de même concernant le marketing
des produits : une marque internationale est plus visible qu'une
marque locale;
- ...
Les
facteurs internes :
- la
contribution de l'entreprise au bien-être du pays d'accueil :
combien
d'emplois l'entreprise va-t-elle générer
localement ? Quelles nouvelles ressources l'entreprise va-t-elle
amener ?;
- la
localisation des opérations :
généralement,
plus l'intensité de la localisation de l'entreprise dans le
pays est forte, mieux elle sera acceptée et intégrée dans
la communauté locale. Différents niveaux existent dans la
localisation : engager des dirigeants locaux et un staff technique local,
développer des produits locaux et un nom de marque local, ...;
- ...
2.
Analyse risque politique du pays d'accueil.
L'évaluation
du risque politique est souvent biaisée par le fait que des
a
priori
troublent la perception que les hommes et les femmes peuvent avoir du risque
politique que présentent des pays étrangers, pensant le plus
souvent qu'il se limite uniquement à certaines régions du
monde ou à certains blocs économiques. Or si l'incertitude
peut effectivement être plus élevée sur le continent
africain, par exemple, les risques politiques sont présents sur
n'importe quel point du globe, et aussi dans les régions stables
européennes.
Il
ne suffit donc pas de se baser sur une évaluation subjective, et vouloir
diminuer cette subjectivité par un court séjour sur place est
illusoire. Ce type de séjour est en effet souvent réalisé
dans des conditions peu optimales, sans connaissance de la langue et des us et
coutumes locaux. Il semble plus opportun de se tourner vers des méthodes
extérieures d'évaluation du risque politique du pays
ciblé.
Des
organismes proposent d'évaluer le risque politique. Tel est par exemple
l'un des services offert par l'Office National du Ducroire en Belgique,
un assureur-crédit public belge. Il propose une analyse pays par pays du
"risque-pays" qu'encourt une entreprise en commerçant hors de ses
frontières. Vous pouvez également y consulter une revue de presse de l'actualité internationale
relative à tous les pays, aux matières premières, aux
organisations internationales, ...
Un
autre exemple d'outil d'estimation du risque politique est fourni
par le service "Business Environment Risk Intelligence
(BERI)".
Ce service évalue trimestriellement 48 pays, sur base de 15
critères économiques, politiques et financiers sur une
échelle allant de 0 à 4.
Un
dernier exemple, traité dans la section intitulée
" Idéologie politique ",
est celui de Freedom House,
une organisation non gouvernementale américaine, qui propose un
classement des pays en fonction du respect des droits politiques et des
libertés civiles.
La difficulté dans l'utilisation de ces indicateurs est de
détecter ce qu'ils mesurent précisément. Ainsi, le
service BERI offre un indicateur qui inclut dans son analyse les
risques liés à l'investissement à
l'étranger (coût du travail, prêt à long terme,
...). Il dépasse donc le cadre de l'exportation. Il n'en
reste pas moins pertinent mais mérite que vous vous intéressiez
à sa composition. Il en va de même pour tous les indicateurs.
Posez vous la question de savoir ce qu'il mesure, la définition de
" risque politique " n'étant pas la
même pour tous !
La
liste des sources d'information pourrait être longue. Le moyen le
plus sûr de les détecter est de vous renseigner auprès de
votre assureur-crédit, de votre banque ou de
l'organisme de soutien à
l'exportation de votre pays.
Une
autre technique permettant d’évaluer le risque politique d’un pays est de
suivre l’évolution des primes d’assurance-crédit
couvrant le risque politique de ce pays.
Se
protéger contre le risque politique

La
manière de se protéger contre le risque politique dépend
fortement du pays qui vous intéresse, mais aussi de la
régularité des relations d'affaires que vous désirez
y développer. Un courant d'affaires régulier demande en
effet une surveillance à long terme, avant et après
l'entrée.
1.
Dans le cadre de courants d'affaires réguliers
Avant
l'entrée :
- basez
vous sur une évaluation objective, de préférence
grâce à des indicateurs extérieurs à
l'entreprise;
- entrez
rapidement en contact avec les autorités locales;
- prenez éventuellement une assurance contre le risque
politique, si celui-ci s'avère être élevé.
Après
l'entrée :
- établissez
un système de surveillance au travers de la presse des
événements d'ordre politique qui affectent le pays. Des
organismes privés organisent ce type de veille, vous permettant de
découvrir les troubles potentiels dès que possible et de
réagir au plus vite en vue de réduire les pertes au maximum;
- développez
un programme de communication
adapté au pays (avec les consommateurs, la force de vente, ...);
- confiez
l'exportation à des personnes présentant une ouverture
d'esprit et une faculté d'adaptation importantes;
- établissez
une liste des évènements imprévus et des actions que
l'entreprise peut mettre en oeuvre s'ils surviennent.
2.
Dans le cadre de courants d'affaires ponctuels
Dans
le cadre de
relations
d'affaires ponctuelles
,
il paraît difficile, voire inutile, de mettre en place un système
de protection tel que celui décrit ci-dessus. L'entreprise doit
souvent réagir dans des délais très courts. Dans ce cas, l'entreprise
peut recourir aux actions suivantes :
- se renseigner auprès d'une entreprise d'assurance (publique
ou privée) des possibilités de couverture du risque politique qui
existent pour le pays avec lequel elle veut traiter (notamment en
matière de transport, assurance-foire, assurance risque-pays, ...);
- utiliser
les indices de risques/pays proposés, par exemple, par la COFACE
(en France) ou le DUCROIRE
(en Belgique);
- demander un acompte important pendant l'exécution du contrat;
- augmenter
les marges bénéficiaires si les conditions de concurrence le
permettent;
- ...
Le risque politique peut se manifester plus concrètement au niveau
du risque de non-paiement
et du risque de change.
Des techniques telles que le crédit
documentaire, la garantie sur
demande, l'achat de devises à terme peuvent aider
l'entreprise à s'en protéger. Nous vous renvoyons aux
sections qui leur sont consacrées pour plus de détails.